Ma mère est tombée et n'a rien : que faire dans les 48 heures

Une chute sans fracture n'est pas un incident sans suite. Les vérifications à faire tout de suite, les cinq demandes à formuler au médecin, et ce qu'il faut surveiller les jours suivants.

Elle est tombée. Elle s'est relevée seule, elle dit que ce n'est rien, elle ne veut pas qu'on en fasse une histoire.

Ne classez pas l'affaire. Une chute sans blessure est le signal le plus fiable qu'il en arrivera une autre, et la prochaine peut être beaucoup plus grave.

Voici quoi faire, dans l'ordre.

Pourquoi une chute sans blessure compte quand même

Trois raisons.

Elle annonce la suivante. Une première chute est le meilleur prédicteur d'une seconde. Le risque augmente nettement dans les mois qui suivent.

Elle a souvent une cause médicale. On ne tombe pas « bêtement ». Derrière une chute se cache très souvent un malaise, une chute de tension au lever, un effet de médicament, un trouble de l'équilibre ou une baisse de vision. Ces causes se traitent, mais seulement si on les cherche.

Elle déclenche la peur. C'est le point que les familles sous-estiment le plus. Après une chute, beaucoup de personnes réduisent leurs déplacements pour éviter que ça recommence. Elles bougent moins, perdent du muscle et de l'équilibre, et deviennent donc plus exposées. Ce cercle porte un nom, le syndrome post-chute, et il fait souvent plus de dégâts que la chute elle-même.

L'enjeu des 48 heures est donc double : vérifier qu'il n'y a rien, et empêcher le repli.

Les premières heures : ce qu'il faut vérifier

Regardez s'il y a eu un choc à la tête.
Même sans plaie. Si votre parent prend un traitement anticoagulant, un choc à la tête impose un avis médical sans attendre, y compris s'il se sent parfaitement bien. Un saignement peut apparaître plusieurs heures après.

Demandez s'il y a eu une perte de connaissance, même brève.
Formulez la question autrement : « tu te souviens d'être tombée, ou tu t'es retrouvée par terre ? » Si le souvenir manque, ce n'est pas une chute mécanique, c'est probablement un malaise, et ça change tout.

Vérifiez qu'elle peut s'appuyer sur ses deux jambes.
Une fracture du col du fémur n'empêche pas toujours de marcher. Une douleur à l'aine ou à la hanche qui apparaît à l'appui doit faire consulter.

Notez l'heure et les circonstances.
Où, quand, en faisant quoi, depuis combien de temps était-elle debout. Ces détails serviront au médecin, et vous les aurez oubliés dans trois jours.

Dans les 48 heures : la consultation

Prenez rendez-vous chez le médecin traitant, même si tout va bien. Présentez-le comme une vérification de routine, pas comme un examen.

Ce qu'il faut demander explicitement :

1. Une mesure de la tension debout et couché.
C'est l'examen le plus rentable et le plus souvent oublié. Une chute de tension au passage à la position debout est une cause très fréquente de chute, et elle se corrige.

2. Une révision complète de l'ordonnance.
Certains médicaments augmentent nettement le risque de chute : somnifères, anxiolytiques, certains traitements de la tension, certains antidépresseurs. Le cumul de plusieurs médicaments pèse aussi. Un allègement d'ordonnance est parfois le levier le plus efficace de tous, et il ne coûte rien.

3. Un contrôle de la vue et de l'audition.
Des lunettes mal adaptées, en particulier des verres progressifs récents, désorientent dans les escaliers. L'oreille interne participe à l'équilibre.

4. Un test simple d'équilibre et de marche.
Le médecin dispose de tests de quelques minutes qui donnent une idée précise du risque.

5. Un bilan sanguin.
Anémie, déshydratation, carence en vitamine D, problème thyroïdien. Tout cela se voit sur une prise de sang.

La question à poser au médecin

Une phrase à retenir, parce qu'elle ouvre la bonne porte :

« Est-ce qu'un bilan de prévention des chutes serait utile ? »

Ce bilan existe et peut donner accès à une évaluation par un kinésithérapeute ou un ergothérapeute, parfois prise en charge.

Les jours suivants : ce qu'il faut surveiller

Un repli discret. Elle sort moins, elle annule des choses, elle se tient aux meubles. Ce sont les premiers signes du syndrome post-chute, et il faut agir tôt.

Un hématome qui apparaît tardivement, surtout à la hanche ou au bassin.

Une douleur qui s'installe au lieu de diminuer après trois ou quatre jours.

Un changement de comportement : confusion, somnolence inhabituelle, difficulté à trouver ses mots. Après un choc à la tête, cela impose un avis immédiat.

Ce qu'il ne faut surtout pas faire

Dire « fais attention ». C'est inutile et culpabilisant. Personne ne tombe par inattention.

Restreindre ses déplacements « par sécurité ». C'est le réflexe le plus naturel et le plus contre-productif. Moins elle marche, plus elle risque de tomber. L'objectif est qu'elle continue à bouger, dans un environnement plus sûr.

Tout décider à sa place. Une personne âgée qui a le sentiment de perdre le contrôle refusera tout, y compris ce qui l'aiderait. Faites le tour de la maison avec elle, pas à sa place.

Les trois actions concrètes de la semaine

  1. La consultation, avec les cinq demandes ci-dessus.
  2. Le tour du logement, pièce par pièce. L'éclairage du trajet de nuit, les tapis, la salle de bain et l'escalier couvrent la majorité du risque.
  3. La question de l'alerte. Si elle tombe à nouveau, seule, et qu'elle ne peut pas se relever ni atteindre son téléphone, combien de temps restera-t-elle au sol ?

Cette troisième question est celle que les familles repoussent, et c'est celle qui décide de la gravité d'une deuxième chute. Le temps passé au sol pèse davantage sur le pronostic que la chute elle-même.

Si elle refuse d'en parler

C'est fréquent, et c'est logique : reconnaître une chute, c'est reconnaître qu'on vieillit.

Ne présentez pas les changements comme une protection contre sa fragilité. Présentez-les comme ce qui lui permet de rester chez elle plus longtemps. C'est exactement le même objet, et ce n'est pas du tout la même conversation.


Cet article est informatif et ne remplace pas un avis médical. En cas de doute, de douleur, de choc à la tête ou de perte de connaissance, contactez le 15 ou consultez sans attendre.

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